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Quelles différences entre une nouvelle, une novella et un roman ?

Écrit par Éléonore

20 juillet 2020

Qu’est-ce qui caractérise une nouvelle et la différencie du roman : la taille seulement ?

On parle spontanément de la taille, mais il y a plusieurs autres « particularités ».

La nouvelle est par définition (merci CNRTL) :
« (Une) œuvre littéraire, proche du roman, qui s’en distingue généralement par la brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l’intensité de l’action, le caractère insolite des événements contés. »

Nota : je n’aime pas trop ranger les œuvres dans des cases. Mais les lecteurs (acheteurs ou éditeurs) eux aiment les cases. C’est pourquoi il est toujours intéressant de pouvoir mettre son texte quelque part. Au moins, en ce qui concerne la taille.
Pour autant, les autres critères que je vais citer ne sont en aucun cas des règles gravées dans le marbre juste des indications.

Nota 2 : la nouvelle a eu son heure de gloire en France au XIXe siècle notamment dans les genres policier, fantastique et SF, mais elle est surtout prisée dans les pays anglo-saxons.

Taille

La catégorisation que j’ai pu rencontrer est la suivante :

Micronouvelle aussi appelée pépin

300 signes (titre inclus)
Un genre à part entière trèèès exigeant.
Je vous renvoie à la page Facebook d’un concours annuel où vous pourrez vous rendre compte de l’ingéniosité et de la concision nécessaire pour écrire une histoire avec seulement quelques mots.

Nouvelle

Jusqu’à 17 499 mots
Cette frontière-là est assez poreuse.
Dès 14 000 mots, la nouvelle me parait déjà bien dodue.

Novella

De 17 500 à 39 999 mots
Si vous ne connaissez pas ce format et si vous aimez les littératures de l’imaginaire, je vous conseille vivement la collection « Une Heure-Lumière » des « Éditions du Bélial », dont les couvertures d’Aurélien Police ne peuvent que vous attirer ! (Personnellement je les adore.)

novella

Court roman

40 000 à 49 999

Roman

50 000 à 74 999

Gros roman

75 000 à 99 999 mots

Mammouth

À partir de 100 000 mots

Pour information : 50 000 mots équivalent environ à 300 000 signes.
Vous pouvez multiplier le nombre de mots par 6 signes (moyenne estimative).

 

Intrigue

La nouvelle se concentre sur un événement.
Ce peut être un moment important / tournant dans la vie de votre héros.
Ou celui-ci peut aussi être confronté à un choix.

La novella se concentre, elle, sur une intrigue principale (un événement central avec quelques événements).

Le roman quant à lui comporte plusieurs événements et développe, en plus d’une intrigue principale, une ou plusieurs intrigues secondaires.

« Un roman requiert de nombreuses péripéties pour pouvoir tenir sur deux cents pages, alors que certaines nouvelles réussissent à dire beaucoup à partir d’une seule action de la vie d’une personne. » (Elizabeth Crane)

Temps de repos

En général : encore une fois, il n’y a pas de règles !

Nouvelle : aucun ou rares.
Novella : oui, mais assez peu.
Roman : oui.

« Si l’on peut utiliser le roman en débarras fourre-tout, c’est impossible pour la nouvelle. Il faut mesurer l’espace imparti à la description, au dialogue, à la séquence. La moindre faute d’architecture y apparaît. Les complaisances aussi. Parfois, je songe que la nouvelle m’épanouit parce que je suis d’abord un homme de théâtre. On sait depuis Tchekhov, Pirandello ou Tennessee Williams, que la nouvelle convient aux dramaturges. Pourquoi ? Le nouvelliste a le sentiment de diriger le lecteur : il l’empoigne à la première phrase pour l’amener à la dernière, sans arrêt, sans escale, ainsi qu’il est habitué à le faire au théâtre. Les dramaturges aiment la nouvelle parce qu’ils ont l’impression qu’elle ôte sa liberté au lecteur, qu’elle le convertit en spectateur qui ne peut plus sortir, sauf à quitter définitivement son fauteuil. La nouvelle redonne ce pouvoir à l’écrivain, le pouvoir de gérer le temps, de créer un drame, des attentes, des surprises, de tirer les fils de l’émotion et de l’intelligence, puis, subitement, de baisser le rideau. » (Éric-Emmanuel Schmitt)

Rythme

On dit souvent que le rythme d’une nouvelle doit être rapide, un peu comme un concentré d’histoire.

Je ne pense pas que ce soit un critère de distinction pertinent. Il y a des romans qui partent tambour battant et gardent un rythme très élevé quasiment tout le temps et des nouvelles lentes qui marchent très bien également.

Personnages : nombre et psychologie

Nombre

Le caractère court de la nouvelle, ne permet pas de développer beaucoup de personnages : disons 1-2 ou 3.

La novella peut se permettre d’en développer 1 ou 2 supplémentaires.

La taille du roman lui donne l’avantage : vous pouvez mettre un nombre illimité de personnages si vous le souhaitez.

Psychologie

Le développement et la psychologie des personnages sont plus rares dans une nouvelle, du simple fait de la contrainte de la taille.

Il est déjà un peu plus facile de traiter ce point dans une novella.

Et plus encore dans un court roman, un roman ou un mammouth.

La fin

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : pour une nouvelle, la chute N’EST PAS obligatoire.
Voilà, c’est dit.

Il existe de multiples possibilités de finir une histoire, c’est la même chose pour une nouvelle : chute, double chute, fin morale, fin ouverte, leçon de vie…

Tous les genres de fins sont permis : surprise extérieure (temporelle, spatiale, apparence trompeuse, objet détourné révélé…), révélation sur le protagoniste, tragique, découverte d’un mystère, d’une vérité…

Pourquoi se limiter à une chute ?

Par contre, attention aux fins vues et revues : ce n’était qu’un rêve, qu’un jeu, qu’un film…

Cet article pourrait vous intéresser : 5 questions incontournables pour écrire une bonne fin de roman.

Structure

Pour vous donner une idée des grandes lignes de la structure d’une nouvelle (encore une fois, ce n’est pas une règle obligatoire, mais juste une indication) :

1) Exposition (plus ou moins courte, voire inexistante)
2) Élément déclencheur
3) Péripéties
4) Fin

Genre

Une nouvelle peut être de n’importe quel genre tout comme une novella ou un roman.

Style

Chaque mot compte et tout élément doit être tourné vers la chute.
Je vous renvoie à Anton Tchekhov et mon article sur la règle du fusil.

Baudelaire, traducteur de Poe, a proposé cette analyse de la nouvelle :
« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. » (Charles Baudelaire, traducteur d’Edgar Allan Poe)

Anthologie / recueil : la différence

Le recueil est constitué de textes écrits par le même auteur.
J’aime particulièrement ceux de Philip K. Dick (SF). Plusieurs de ces nouvelles ont d’ailleurs été adaptées au cinéma : « Minority Report » « Blade Runner », « Total Recall » entre autres.

Ou encore ceux de Lisa Turtle (fantastique). Je vous recommande son recueil : « Ainsi naissent les fantômes ».

L’anthologie quant à elle est un ensemble de textes d’auteurs différents, souvent rassemblés sous une thématique commune.

Exemples :

Rivière Blanche, Fusée      /        Otherlands, Continuum

anthologies

Sites de référencement des concours

Vous voulez vous frotter à un regard extérieur, au monde éditorial ou à des comités de lecture : trouvez le concours qui vous intéresse et foncez. (Et surtout, respectez les consignes !)
Certains comités prennent la peine et le temps de faire des retours argumentés. Ce dont je les remercie 1000 fois.

* Le coin des appels à textes
* Épopées fictives (imaginaire)
* Textes à la pelle

La nouvelle pour découvrir un auteur…

Idéal pour repérer de nouvelles plumes !
Très intéressant pour se faire connaître : les clients prennent peu de risque financier. Et votre style leur donne envie ensuite d’acheter votre roman donc d’investir un peu plus, mais en toute sécurité.

Je vous conseille :

Marie Tétart, LE DIT DE L’ORACLE 

Megara Nolhan, L’ÉPREUVE

La nouvelle : un espace d’expérimentation génial

Pour avoir essayé les 4 formats différents (micronouvelle, nouvelle, novella et roman), j’avoue avoir un faible pour la nouvelle qui est pour moi un formidable terrain d’expérimentation.
Si je veux tester un mode narration étonnant (en « tu » ou « vous » par exemple), creuser une idée, tester une chute, tenter un genre que je pratique rarement, etc. j’écris une nouvelle.
Avec ce format, tout est possible.

Un exercice pour progresser

Il est très facile de progresser grâce à la nouvelle.
Le texte est bouclé rapidement.
Les corrections aussi peuvent être terminées sans attendre des semaines.
Vous pouvez approfondir et peaufiner, travailler tout particulièrement un aspect de l’histoire comme les dialogues, car le récit est court.

Vous apprenez à aller à l’essentiel, à choisir vos mots avec précision, à faire des descriptions efficaces en peu de mots, à dire juste ce qu’il faut (ni trop ni trop peu pour accrocher le lecteur sans trop en dire), à poser une ambiance en quelques lignes. Les actions doivent être claires et (assez fréquemment) rapides. Souvent aussi le rythme est soutenu. Et la chute doit émouvoir, questionner ou étonner : c’est un petit challenge en soi !

Voilà, j’espère que cet article vous donnera envie de vous frotter à ce format !

Et si vous avez des questions, je les attends avec plaisir en commentaire.

Vous pourriez apprécier…

5 Commentaires

  1. Éléonore

    Dites m’en plus, on peut essayer de trancher…

  2. Françoise Maître

    Bonjour à tous. Très intéressant, cet article, mais du coup, je ne sais plus ce que je suis en train d’écrire…

  3. Éléonore

    Avec plaisir !
    Ce pourrait être une novella ?

  4. Les personnages artificiels

    (*En cours bien sûr)

  5. Les personnages artificiels

    Merci pour cet article très clair et très fouillé. Il m’a beaucoup éclairé, je réalise que sur mon texte en court, je navigue entre nouvelle et roman, il est donc temps pour moi de faire un choix sur l’intrigue et certains éléments de mon plan.

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