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5 questions incontournables pour écrire une bonne fin

Écrit par Éléonore

29 juin 2020

Comment être sûr de satisfaire les lecteurs et ne pas les laisser sur leur faim ?
Votre fin de roman passe-t-elle ce crash-test ?

Question difficile. Mais après un temps de réflexion et quelques lectures intéressantes, je vous livre ma réponse.

Moment important, aussi crucial que le début, la fin doit laisser une impression forte pour marquer l’esprit de vos lecteurs. Comme un café au restaurant, il peut gâcher un bon repas ou rattraper un manque de sel ou quelques longueurs dans le service.

Précisons un peu les choses, je ne parlerai ici que de fin de roman solo ou one shot, pas de la fin d’une trilogie. Bon, si vous êtes sage, je ferai une petite parenthèse à ce sujet à la fin de cet article quand même 😉

Mais revenons-en à nos moutons : qu’attendent vos lecteurs d’une bonne fin ?

D’abord, qu’il y en ait une… de fin et une vraie, assumée.
Je vous vois sourire.
Pourtant, il existe trois catégories de romans sans « vraie » fin.

Dans la première catégorie, l’auteur aime tellement ses personnages qu’il a du mal à les lâcher et fait durer la fin encore et encore. Quitte à diluer ce moment et à laisser une image un peu floue dans l’esprit du lecteur, qui finit par ne plus voir l’intérêt du récit et peut même décider de quitter la salle avant le tomber de rideau.

Dans la seconde catégorie, l’auteur en a un peu assez de son histoire et de ses personnages. Il aimerait passer à la suivante. Bref, il bâcle. S’en suit une fin trop rapide, souvent confuse, pas assez exploitée, voire décevante.

Dans la troisième et dernière catégorie, l’auteur s’est essoufflé, est arrivé un peu en bout de course et n’a pas vraiment prévu la fin avant de commencer. Le récit finit vite et de manière maladroite, quitte à introduire un petit/moyen/gros deus ex machina (DEM). Tadaam !!

Si vous ne savez pas / plus ce que c’est, je vous invite à lire mon article sur le DEM.

Après ce petit préambule, parlons donc des « vraies » fins.
Et voici la question cruciale : avez-vous assez travaillé, corrigé, peaufiné votre fin ?

Pour le savoir, voici 5 points incontournables que vous devez vérifier pour une fin de roman réussie. Je les ai tournés sous forme de questions, j’espère que ça vous aidera.

Orson-Scott-Card-Personnages

1) Votre fin apporte-t-elle la réponse à la question posée au début ?

Selon Orson Scott Card dans « Personnages et point de vue » (encore un ouvrage que je recommande), le début d’une histoire crée une tension, un besoin de savoir. La fin doit donc répondre à ce besoin et ainsi soulager la tension.

Selon lui, il existe 4 grands types d’histoires (différents des genres tels que la science-fiction ou la romance). Le type influence le début et la fin de votre roman.

Nota : bien entendu, votre roman peut être un mélange de plusieurs types. Dans ce cas, il convient de voir lequel domine.

Pour en savoir plus sur le début de roman et comment le rendre captivant, c’est par ici.

Le milieu

Il désigne le « monde » dans lequel évoluent les personnages (décors, cadre socioculturel, mœurs, lois, traditions, etc.). Ce monde peut être une planète, une société, une contrée, une rue, un immeuble, une tribu …
Typiquement : « le Seigneur des Anneaux » ou « le Voyage de Gulliver » ou encore un témoignage sur la vie dans les banlieues.
Le lecteur découvre un milieu qui est décrit avec force détails.
Au début, le héros arrive dans ce « monde », le découvre, l’explore.
À la fin, il décide de repartir ou de rester.

L’idée

Au début du roman une question est posée ou bien le héros rencontre un problème.
Une fois la réponse trouvée ou le problème résolu, l’histoire est finie.
Typiquement : les policiers, les histoires de mystère ou d’énigme.
Mais aussi un roman de science-fiction où le vaisseau spatial rencontre un problème, par exemple.

Les personnages

Ces histoires sont centrées sur « un personnage qui cherche à changer de vie, de rôle ». L’histoire commence au plus près du moment où le héros décide de changer de statut, car il ne le supporte plus. Il est question d’une transformation (personnelle ou relationnelle). L’histoire s’achève sur sa réussite ou son échec.
Typiquement : un personnage qui ne supporte plus une relation toxique, un autre qui est dégoûté par son travail, un autre encore en cavale qui n’arrive plus à faire face à sa culpabilité.

Les événements

Au début de l’histoire, un déséquilibre, une rupture, une maladie, un problème apparait dans le « monde ».
À la fin, l’ordre ancien est rétabli ou un ordre nouveau est instauré.
Dans ce type de récit, le début coïncide avec le moment où le héros est impliqué dans le changement.
Attention, une fois encore, le terme « monde » n’est pas à prendre au pied de la lettre.
Ce type d’histoire peut concerner aussi bien une trahison amoureuse dans un couple qu’un scandale politique dans un pays.

Orson Scott Card donne un exemple intéressant pour mieux cerner cette question du « type » :

Le point de départ est un meurtre.

scene-de-crime

Mais ensuite selon le choix de l’auteur, le récit peut être un récit d’idée ou de personnage.

Le récit d’idée sera centré sur la résolution de l’énigme du meurtre (une enquête). Une intrigue secondaire pourra parler de la veuve et de son combat pour surmonter cette épreuve.

Le récit de personnage sera centré, lui, sur les conséquences du meurtre dans la vie de la veuve, son parcours et son évolution. Et en parallèle, elle aura des nouvelles de l’avancement de l’enquête.

Dans le premier cas, le récit sera achevé une fois que le lecteur saura qui a tué, pourquoi et comment, et, accessoirement, comment la veuve se remet de ce drame.

Dans le second cas, le point culminant ne sera pas l’arrestation du meurtrier, mais quand la veuve aura réussi à se remettre de l’assassinat de son mari.

J’espère que c’est plus clair ainsi.
Donc, selon le type de votre histoire : votre fin répond-elle bien à la question posée au début, à l’attente du lecteur ?

2) N’avez-vous pas trahi le genre de votre roman ?

Un certain genre appelle un certain type de fin.
Par exemple, une romance appelle une fin heureuse sinon ce n’est pas une romance.
À la fin d’un policier, le lecteur s’attend à l’arrestation du meurtrier ou tout au moins à la résolution de l’énigme qu’est le meurtre. (Qui a tué ? Comment ? Pourquoi ?)
Bref, le contrat que vous passez avec vos lecteurs inclut le genre de votre roman et donc aussi une certaine fin, certaines réponses.

Je vous livre une de mes grandes déceptions livresques, à cause de cette rupture de contrat :
Attention spoiler :
« Je ne suis pas un serial killer » de Dan Wells raconte l’histoire d’un adolescent qui a des pulsions de meurtres. Il réussit à les canaliser grâce à des entretiens avec son psy et des règles qu’il s’est imposées. Mais des meurtres ont lieu près de chez lui et il ne va pas pouvoir s’empêcher de trouver le serial killer qui sévit. Avez-vous vu un quelconque soupçon de surnaturel jusque-là ? Non. Or la fin baigne dedans.
Du coup, personnellement, j’ai trouvé que le contrat passé entre l’auteur et moi avait été rompu. Parce que je n’avais pas été prévenue que la résolution de l’enquête serait de l’ordre du surnaturel.

Conclusion : je n’ai pas relu ce livre ni acheté la suite et je ne l’ai pas recommandé.

3) Votre personnage principal a-t-il évolué entre le début et la fin de votre roman ?

À notre époque, la mode est quand même aux romans qui font la part belle aux personnages et surtout à leur évolution / transformation lors des épreuves que vous, amis auteurs – plus ou moins sadiques – vous leur faites traverser.
Personnellement, je trouve que c’est un des intérêts de la lecture : suivre la transformation du personnage, traverser des tempêtes avec lui, vivre des émotions et voir le personnage grandi à la fin.

Sans cela quel est l’intérêt de l’histoire et de toutes ces péripéties ?

4) Votre fin est-elle claire, logique et surprenante ?

Claire : entendons-nous bien, je dis « claire » dans le sens « pas confuse ». Mais pas dans le sens « fermée » ou sans possibilités d’interprétation. Une fin ouverte peut être très claire, même si cela ne vous plait pas 😉

fin-inception

Ceux qui ont vu le film « Inception » savent …

 

Logique : j’entends par là sans DEM, sans changement inattendu de genre, bref cohérente avec les règles de votre monde. Ne brisez pas la suspension d’incrédulité. Jamais.
Personnellement, j’aime les fins en miroir. Le miroir peut-être une situation, un endroit, un détail personnel, etc. L’élément commun est repris dans le début et la fin de l’histoire, mais traité, montré différemment, car le personnage a évolué. Ce procédé met en lumière la cohérence et l’aspect structuré du récit.

Surprenante : si possible, il vous faut trouver une fin qui reste cohérente, mais qui ne soit pas la première (ni la deuxième ni la troisième) qui vienne à l’esprit du lecteur.
Quand je dis « surprenante » vous pouvez penser à un twist, mais attention c’est un procédé très délicat et difficile à manier.

La surprise peut venir d’une fin en demi-teinte :
Le héros réussit, mais les conséquences sont négatives.
Le héros échoue, mais les conséquences sont positives.

Ou de la façon dont vous traitez cette fin.
Le lecteur pourra alors se dire : « Ah, je m’en doutais… mais je n’avais pas imaginé ça comme ça. »

Attention : dans certains genres, comme les tranches de vie, les romans ont rarement une fin surprenante… puisque la vie continue.

5) Avez-vous bien fermé toutes les portes ?

Ici, il va être question d’intrigue.
Votre intrigue principale et les intrigues secondaires sont-elles résolues ?
N’avez-vous laissé aucun personnage en route, aucune question en suspens, aucune hypothèse sans réponse, aucun danger inexploité… ?
Oublier de fermer une porte, c’est risqué de ne pas satisfaire le lecteur donc de le décevoir.
Vérifiez bien, remontez vos fils un par un.

Exception :
Les fins des tomes 1 et 2 dans les trilogies.
J’avais dit que je vous en parlerais un peu 😄
Là, l’intrigue du tome doit se finir, mais l’intrigue générale qui est le fil conducteur de la trilogie doit toujours courir (elle n’est donc pas résolue).
Et, vous devez aussi relancer l’attention du lecteur pour qu’il ait envie de lire la suite absolument !
Pour cela, vous pouvez ouvrir sur l’intrigue du tome 2 (un nouveau danger ou ennemi menace votre héros) ou bien terminer sur un cliffhanger en laissant votre personnage principal dans la panade. Exemples non exhaustifs !

Nota (encore !) : Les fins sur lesquelles les lecteurs sont parfois partagés :
*La fin ouverte
*La fin qui s’éternise : si la réponse à la question du début est résolue, la suite du récit n’a plus d’intérêt.
*La fin qui donne à réfléchir, qui ne donne pas la réponse à la question, mais laisse le lecteur se faire sa propre opinion.

Un dernier conseil : prévoyez la fin avant de commencer à écrire. Cela vous évitera une fin avec un DEM ou une fin bâclée.
Si vous êtes jardinier.ère, vérifiez bien lors de vos corrections que tous les éléments de l’histoire convergent bien vers cette fin.

Voilà, ce que j’avais à dire sur le sujet. Mais vous n’êtes peut-être pas de mon avis ou vous avez des précisions à apporter. Dans ce cas, discutons-en dans les commentaires 😉

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