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Corrections de roman : Olivier Saraja, directeur de collection aux Éditions du 38

entretien-café

Écrit par Éléonore

27 juin 2021

Dans cette interview, Olivier Saraja, auteur hybride (édité en maisons d’édition et autoédité donc), mais également directeur de collection chez les Éditions du 38 nous parle de son parcours.

Il partage avec nous sa vision des corrections en tant qu’auteur, mais aussi des corrections éditoriales dont il se charge pour la maison d’édition.

En tant que directeur de collection, Olivier nous dévoile l’envers du décor et donne de précieux conseils aux auteurs. (Spoiler : ce n’est pas forcément ce que vous voulez entendre ni facile, mais c’est ce qui marche !)

 

1. Peux-tu te présenter ?

Bien sûr! Je suis Olivier, 49 ans à date de cet entretien. Dans le civil, je suis ingénieur technico commercial dans l’industrie aéronautique. Le soir venu, je suis auteur de romans et nouvelles de Science-Fiction et Fantastique. Parmi mes passions: l’écriture (bien sûr), mais aussi l’impression 3D, la modélisation 3D pour la réparation ou le DIY. Côté sport, je suis plutôt karaté.

Olivier Saraja auteur

2. Depuis quand écris-tu ? Depuis quand es-tu édité ? Quels sont tes genres de prédilection ? Qu’écris-tu en ce moment ?

Comme beaucoup d’autres auteurs français, j’écris depuis ma tendre jeunesse. Tout a commencé par la pratique des jeux de rôle (le vénérable DnD boîte rouge, en anglais seulement à l’époque) avec mon frère et ses potes, tous plus âgés que moi. Leur influence m’a permis de découvrir très jeune des auteurs comme Moorcock, Herbert, Tolkien, Howard. J’ai commencé “l’écriture” en traduisant des scénarios de jeux parus dans le magazine White Dwarf: je les tapais sur la machine à écrire empruntée à la voisine. Les choses sont devenues de plus en plus sérieuses avec de vraies créations personnelles et, plus tard, l’écriture de jeux de rôle et leurs suppléments pour la défunte maison d’édition Oriflam. De là, j’ai continué à composer autre chose que du matériel de jeu, par intermittence.

J’avais compris que je ne savais pas écrire (en tout cas, pas de la littérature) et j’ai eu un temps de maturation assez long, jusqu’à 2011 où j’ai décidé de m’y mettre plus sérieusement. Adepte du DIY, l’autoédition m’a immédiatement séduit. La maison d’édition Walrus, avec son ton impertinent et ses thèmes pulps, aussi. Puis plus tard les éditions du 38 qui a un catalogue assez séduisant côté Science-Fiction, Fantastique et Fantasy.

Pour le moment, c’est morne plaine côté écriture. La pandémie a sérieusement entamé ma capacité à me concentrer et à écrire, en raison de tous les bouleversements quotidiens induits, les drames amicaux et familiaux. Une période qui m’a un peu usé. L’envie est toujours là, la capacité de concentration revient.

 

3. En tant qu’auteur, quel est ton processus de correction, une fois ton premier jet achevé ? (Est-ce que tu aimes cette partie du processus d’écriture ?)

Je fais une chose que la plupart des auteurs n’aiment pas faire: j’enferme mon tapuscrit dans un tiroir (virtuel, car je travaille sur ordinateur) pendant plusieurs mois (parfois plus d’un an, même, lorsque plusieurs projets se télescopent).

Lorsque je le reprends, c’est avec un oeil neuf, souvent avec de meilleures idées.

Et surtout: je deviens impitoyable avec mon propre texte. Je n’hésite alors pas à supprimer des paragraphes ou chapitres entiers, si je juge qu’ils n’apportent rien à l’histoire ou à ses développements, car je n’ai plus d’affect par rapport au temps ou aux difficultés que j’aurais pu connaître à l’écriture de telle ou telle scène. Je suis contre le fait de meubler gratuitement mes ouvrages (et je déteste les remplissages dans les livres des autres) mais si je ne m’accordais pas ce temps de maturation avant de reprendre mon “premier” jet, j’aurais je suppose beaucoup plus de scrupules à sabrer les passages les plus faibles.

Si j’ai donc un conseil à donner aux jeunes auteurs, c’est le suivant: ne vous précipitez pas à publier ou soumettre votre texte à un éditeur. Laissez-le mûrir. Trouvez des bêta-lecteurs qui ne soient pas des amis conciliants issus de votre fanbase (ou pire, votre famille), demandez-leur d’être intransigeants avec vos textes, et surtout, surtout, lorsqu’ils vous disent que quelque chose ne va pas, ne défendez pas votre texte bec et ongle. Changez-le. Car si vous avez à expliquer votre intention, ou les subtilités de votre histoire, c’est que vous vous y êtes mal pris.

 

4. En plus d’être auteur, tu es directeur de collection chez les Éditions du 38. Comment es-tu devenu directeur de collection ? Depuis quand tiens-tu ce poste ? Quel est ton rôle exactement ?

Au fil des rencontres, des salons, des liens, des amitiés se tissent. C’est ainsi que je me suis rapproché des éditions du 38, pour leurs qualités humaines, leur vision saine de l’édition. Ils ont une très chouette collection orientée SFFF mais trop méconnue du grand public qui les classe trop généralement dans le polar et le thriller.

J’ai proposé mon aide pour débusquer des talents qui permettraient de faire croître cette collection. Et cette recherche de talents s’est accompagnée de tris de manuscrits, puis de corrections de ceux-ci, puis… Enfin bref. Un processus naturel, en fonction du temps libre et des disponibilités de chacun, depuis un peu plus de deux ans déjà si je ne me trompe pas. Mais je suis un directeur lent et pas du tout orienté productivité, peut-être au grand désespoir de certains de mes auteurs.

Editions du 38

 

5. Cette nouvelle casquette a-t-elle changé ton regard sur les corrections de tes romans ?

Non. Car j’ai très tôt intégré la nécessité des multiples passes éditoriales, et encore en amont, des relectures par des individus neutres. Mon passé autoédité qui refait surface, j’imagine, car j’ai toujours souhaité faire prédominer la qualité à la quantité. C’est ce que j’apprécie, au 38.

 

6. Est-ce que tu t’occupes des corrections éditoriales des romans que tu choisis pour faire partie de ta collection ? Comment savoir ce qu’il y a à corriger et où dans le roman ?

Oui je m’en occupe le plus souvent. Généralement, j’annote le tapuscrit au cours de la lecture, en essayant de repérer (l’expérience aide) les passages problématiques ou que l’on sent périlleux. Je propose beaucoup de corrections et d’améliorations (cela participe au fait que je sois un directeur très lent) afin que chaque élément important de l’histoire ait une justification, une raison d’être, une explication.

Parfois, en fonction des auteurs, je reformule à leur place car j’ai remarqué que lorsqu’on leur laisse trop la main, ils ont tendance à ne corriger que le passage que vous soulevez, et absolument pas les éléments pourtant dépendants qui apparaissent quelques pages/chapitres avant ou après votre intervention. C’est humain: ils ont souvent passé des mois ou des années sur un texte, revenir dessus est déjà douloureux, et très franchement lorsque vous leur demandez des corrections éditoriales, qu’ils les complètent, je ne suis pas certain qu’ils relisent tout leur ouvrage pour vérifier que leurs modifications tiennent la route. Ils s’accrochent à une approche itérative avec leur éditeur, au risque que des incohérences soient introduites et non débusquées par un parti ou l’autre.

Donc, nouveau conseil: une fois les corrections éditoriales achevées, relisez votre ouvrage avec un oeil le plus neuf possible, et surtout pas en diagonale (difficile lorsque l’on connaît son histoire par coeur).

 

7. Pour un auteur, quelle est la différence entre bêta-lectures et corrections éditoriales ?

Je ne vais pas me faire des amis, ici, car je vais toucher à l’égo des auteurs (dont je fais partie aussi, je le rappelle). Et ce n’est pas non plus une vérité absolue, juste une tendance observée ces dernières années.

Il y a le premier jet. Puis les relectures. Puis la première confrontation (alpha-lecture) à un oeil extérieur avec un lectorat test. Cette étape est importante. Car si l’histoire est mauvaise, c’est maintenant que la prise de conscience doit avoir lieu. D’où l’importance de ne pas travailler avec des amis ou de la famille sur cette étape, car ils seront trop bienveillants et vous laisseront aller à l’étape suivante alors qu’il n’aurait pas fallu.

La bêta-lecture ne vient qu’ensuite. On n’attend pas de son bêta-correcteur qu’il corrige les fautes d’orthographe, même s’il peut lui arriver d’émettre des réserves sur le style, le rythme ou la lourdeur du texte. Le bêta-lecteur est là pour garantir que l’histoire fonctionne. Qu’il n’y a pas d’erreurs, d’oublis, d’incohérences. Que tout ce qui doit être dit l’a été. Ils garantissent, d’une certaine façon, que l’histoire fonctionne, qu’elle fait mouche.

Souvent, les auteurs s’entourent de connaissances trop bienveillantes qui font à la fois l’alpha et la bêta-lecture et même les corrections. Pire: le tout en même temps. Et de mauvais textes passent ensuite à l’étape suivante: l’envoi chez l’éditeur (ou sur les plateformes d’auto-édition).

Soyons bien clairs: l’éditeur n’est pas là pour alpha-lire ou bêta-lire votre ouvrage. Il va vous conseiller des améliorations, peut-être même y participer, bien sûr, mais à la base, s’il retient votre texte, c’est uniquement pour le corriger, l’éditer, le publier. Donc si vous lui envoyez un brouillon de votre histoire “pour que grâce à son expérience il vous aide à écrire ce futur chef d’oeuvre”, c’est que vous n’avez pas compris comment cela fonctionne. Le temps passé à reformuler, réécrire, recomposer une histoire, l’éditeur ne le consacre pas à éditer. Il prend une casquette d’auteur, et cela ne me paraît pas normal.

En conclusion, pour l’auteur, les corrections éditoriales, c’est corriger les fautes, les formulations, le style, redécouper les chapitres ou les scènes pour améliorer la fluidité et la compréhension de l’histoire.

S’il doit retoucher en profondeur son histoire c’est soit 1) que l’auteur n’a pas terminé son boulot et/ou 2) que l’éditeur a accepté un texte prématurément (mais, hé! c’est aussi normal lorsque l’on a un directeur de collection qui fonctionne aux coups de coeur, qui sait qu’une histoire a du potentiel même si elle mérite d’être encore un peu travaillée, cette fois en partenariat avec l’auteur).

 

8. Sur combien d’ouvrages travailles-tu en même temps ? Combien de temps durent les corrections éditoriales ?

Je travaille au plus sur deux ouvrages à la fois. En ce moment un à la fois, car la vie active fait que je ne m’en sors pas très bien. Pour les corrections éditoriales, il faut s’armer de patience. Un texte bien ficelé et finalisé en amont se corrige et s’édite en quelques semaines. Lorsqu’il y a un gros travail de fond à fournir (parce que l’alpha-lecture a été foireuse et la bêta-lecture chaotique, voire menée par des amis trop conciliants), cela peut prendre plusieurs mois. Ajoutez à celà ma légendaire lenteur…

 

9. Est-ce que l’auteur doit dire « oui » à toutes les corrections ?

Question piège.

L’auteur doit avoir le dernier mot sur son oeuvre. Toutefois, s’il s’obstine à ne céder en rien sur toutes les remontées problématiques de l’éditeur, c’est que le vrai problème, ce n’est pas le tapuscrit: c’est l’auteur en lui-même. Car il n’y a pas de fumée sans feu. Si quelque chose cloche, l’éditeur le remontera à l’auteur. À celui-ci de composer avec son égo: soit en acceptant directement les éventuelles propositions de son éditeur, soit en retravaillant son texte. S’il reste inflexible sur tous les points, non seulement il est probable que le “chef d’oeuvre” n’en sera pas un (ou qu’il restera abscons, incompris, difficile à défendre), mais surtout que la collaboration n’aura été une bonne expérience pour aucun des deux partis.

Mon conseil est donc de prendre en considération toutes les remarques de l’éditeur. La plupart ne nécessiteront qu’un court échange de clarification éventuellement suivie d’une reformulation.

 

10. Quels conseils donnerais-tu à un auteur débutant pour mettre toutes les chances de son côté pour être édité ?

*Il faut reprendre les conseils disséminés ici et là dans cet entretien.

*Pour être encore plus explicite: ne pas brusquer les choses, ne pas être pressé.

*Être certain de bien passer par toutes les étapes: alpha-lecture, maturation et réécriture, bêta-lecture, maturation et réécriture, maturation à nouveau, ultime relecture et réécriture, et enfin, seulement enfin, envisager le texte pour la publication, que ce soit sur le circuit autoédition ou auprès d’une maison d’édition.

*Ne pas chercher à publier aussi vite et autant que certaines consoeurs et confrères. Si vous publiez ou soumettez votre premier jet, vous êtes à 99.99% sûr de faire un four et vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous même (et/ou à votre égo).

 

11. Aimerais-tu ajouter quelque chose ?

Aux éditions du 38, on assume totalement une ligne éditoriale grand public, littérature de genre, de mauvais genre même 😉, et on cherche avant tout à partager avec les lecteurs des histoires passionnantes qu’on ne lâche pas avant la fin.

On fait peu d’appels à textes, en ce moment et jusqu’au 31 août on cherche les nouvelles Reines du crime, on attend des manuscrits polars et thrillers, écrits par des autrices et dont le personnage principal est féminin (policière, enquêtrice, criminelle, victime, etc.). Tous les détails sont sur le site internet, onglet « vos manuscrits ». 

Un grand merci à toi, Olivier, pour ce précieux partage !

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