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Corrections de roman : Lynda Guillemaud, romancière hybride

entretien-café

Écrit par Éléonore

2 avril 2021

Dans cette interview, Lynda Guillemaud, romancière éditée en maisons d’édition et autoéditée, nous parle de son parcours d’auteure hybride. Elle partage avec nous sa vision des corrections, son processus une fois son premier jet achevé (spoiler : il y a une étape bêta-lecture dedans) et son expérience des corrections éditoriales. Lynda évoque aussi le rôle de son agent littéraire. Son parcours pourrait vous inspirer.

 

1) Peux-tu te présenter ?

Je suis Lynda Guillemaud, je suis rédactrice web depuis l’année dernière et romancière indépendante depuis 2015. Après 20 ans en tant que chargée de communication dans la fonction publique territoriale (dans des mairies et des agglos), j’ai décidé de me mettre à mon compte pour me consacrer à l’écriture. Je rédige des contenus pour les entreprises, les collectivités et les entrepreneurs, que ce soit pour des supports papiers ou numériques. Parallèlement, j’écris des romans historiques et contemporains, avec un fort ancrage régional.

2) Depuis quand écris-tu ? Quels sont tes genres de prédilection ? Depuis quand es-tu éditée en ME et autoéditée ? Pourquoi avoir choisi l’auto-édition pour certains de tes romans ?

J’écris depuis… euh… que je sais tenir un crayon ! J’ai commencé par écrire des histoires avec ma petite sœur qui dessinait (et qui dessine toujours!). Puis je me suis lancée dans l’écriture d’un roman historique sur la période précédant la révolution française. J’avais 15 ans. J’ai terminé ce roman… 25 ans plus tard ! Le déclic est venu du Mooc écrire une œuvre de fiction avec Draftquest, en 2014. J’ai repris mon roman inachevé et j’ai gagné le 2e prix du concours qui le clôturait : le pack de publication numérique de la plateforme Librinova, qui aide les auteurs indépendants dans leur parcours d’autoédition. Je dis souvent que c’est l’autoédition qui m’a choisie, en réalité : sans ce concours, je ne sais pas si j’aurais sauté le pas. Le Vent des Lumières, mon premier roman historique, donc, est sorti en juillet 2015.

Librinova propose, au-delà d’un certain seuil de ventes, un programme d’agent littéraire. C’est ce qui s’est passé pour moi : dès la fin 2015, l’agent a démarché pour moi des éditeurs traditionnels pour leur proposer mon roman. Cela a été assez long, car le marché du roman historique n’est pas facile et trusté par les cadors du genre. En 2017, le directeur de City Éditions a craqué sur mon roman et j’ai signé un contrat pour une parution la même année. Notre collaboration a duré 2 ans, j’ai ensuite repris mes droits en 2019 pour reproposer mon roman en autoédition. Sans entrer dans les détails, les conditions d’exploitation de l’éditeur ne correspondaient pas à ce que j’attendais en matière de travail éditorial (en fait, il n’y en a eu aucun, mon roman a été publié tel quel ou presque) et surtout de promotion. Mais c’était une expérience intéressante.

Par la suite, j’ai autoédité 5 autres romans, toujours chez Librinova. 3 d’entre eux ont aussi bénéficié du programme d’agent littéraire, mais sans succès : mes romans sont trop « inclassables » et difficiles à intégrer dans une collection d’éditeur. Pourtant, ils ont tous un beau succès auprès du public. Ce qui me fait dire qu’il y a des livres destinés à l’autoédition et d’autres à l’édition classique.

En 2019, mon agent littéraire m’a proposé une collaboration avec Harlequin pour une nouvelle collection de romance historique : cela a donné mon 6e roman, L’alliance de Penthièvre, paru en 2020. Pour celui-ci, il y a eu un vrai travail éditorial de la part de l’éditrice.

Mon 7e roman, Un pont sur l’eau trouble, est paru en 2021 en auto-édition : c’est un choix délibéré. S’il fonctionne, peut-être qu’il intéressera un éditeur (je continue à travailler avec Librinova pour la partie agent littéraire). Il y a une complémentarité entre édition classique et auto-édition. Certains de mes romans ne trouveront jamais leur place chez un éditeur, comme Oraison pour une île, alors je les laisse en autoédition.

Un pont sur l'eau trouble

3) Aimes-tu les corrections ?

Au risque de surprendre beaucoup d’auteurs : oui, j’aime les corrections ! Je considère mon premier jet comme un grand brouillon destiné à être beaucoup raturé. Comme je planifie mon intrigue de manière assez souple, l’écriture m’emmène parfois assez loin de ce que j’avais prévu. Il y a donc toujours pas mal de reprises, que ce soit au niveau de la forme que du fond.

C’est pour ça que la bêta-lecture m’est toujours précieuse. J’écris relativement vite et je n’aime pas m’attarder sur la construction d’une phrase ou d’un paragraphe lorsque j’écris. En revanche, lors de mes corrections, j’aime au contraire prendre le temps de corriger, fignoler les phrases, trouver le mot juste.

Je trouve que c’est aussi plus efficace de cette manière, plutôt que de vouloir faire un premier jet parfait dès le départ.

4) Quel est ton processus de correction, une fois ton premier jet achevé, pour soumettre ton roman à une maison d’édition ?

C’est difficile de répondre à cette question, car en soi, je n’ai encore jamais soumis de manuscrit à une maison d’édition ! C’est mon agent littéraire qui se charge de « vanter » mon ouvrage auprès d’eux.

En revanche, j’ai un processus bien abouti pour l’écriture d’un roman :

Une fois mon 1er jet terminé, je le laisse « dormir » quelque temps (1 à 3 mois, ça dépend).

Ensuite, je refais une relecture globale, je note les choses qui ne vont pas au niveau de l’intrigue, des personnages… Parfois je reprends toute la structure (comme pour Un pont sur l’eau trouble).

Je fais une première réécriture, avec ma nouvelle structure, les points à revoir, les scènes à ajouter, à étoffer ou à raccourcir…

*Je fais une nouvelle relecture globale pour vérifier que tout se tient, puis j’envoie mon manuscrit en bêta-lecture. J’essaie d’avoir plusieurs bêta-lecteurs, des auteurs et des simples lecteurs, pour avoir des avis « techniques » et d’autres plus dans le « ressenti ».

*Je récupère tous les retours des bêta-lecteurs et je les synthétise pour savoir ce que je conserve ou pas. Et j’entame une deuxième série de corrections éditoriales.

*Enfin, je fais une dernière relecture globale sur le fond, une autre sur la forme et je procède au formatage avant la publication.

Lynda Guillemaud

5) Peux-tu nous parler de ton expérience des corrections avec les maisons d’édition. 

Je n’ai qu’une vraie expérience de corrections avec une maison d’édition (Harlequin), car l’autre a publié mon roman tel qu’il était. C’est un parti-pris de l’éditeur : si le roman lui a plu comme il est, il le publie comme il est. Il y a quand même eu des corrections orthotypographiques, mais c’est tout. Je respecte ce choix, mais c’est une des raisons qui m’ont fait quitter City Editions : pour moi, le travail de l’éditeur c’est justement de m’aider à améliorer le texte que je lui soumets.

Avec Harlequin, c’était un vrai travail éditorial, d’autant plus qu’il s’agissait d’une commande : j’avais donc un guide d’écriture à suivre (relativement souple quand même). J’ai été très surprise par le niveau d’exigence de l’éditrice, à la fois sur le fond et la forme. C’était une romance historique, mais je devais préciser toutes les fois où je m’écartais de la réalité historique, par exemple. Elle m’a aussi beaucoup reprise sur des scènes où je ne plongeais pas assez la lectrice dans le roman : on était en plein dans le « show don’t tell » ! Pour donner un exemple, si j’écrivais : « Elle revêtit une robe de bal », je devais préciser de quelle couleur elle était, en quel tissu, quelle coupe, etc. (je caricature évidemment).

Au niveau de la forme, le vocabulaire devait être soutenu et je devais donc veiller à utiliser un langage raffiné, voire des mots médiévaux (la romance se passait en 1450).

Sur le processus, j’ai d’abord rédigé mon premier jet, l’éditrice a fait une première passe de corrections très poussées, sur le fond, le style et du vocabulaire, mais pas sur l’orthographe, grammaire etc. J’ai renvoyé une deuxième version, qu’elle a relu avec quelques derniers ajustements. Ensuite, il y a eu correction orthographiques et typo par une correctrice professionnelle. Et enfin le bon à tirer final.
J’ai envoyé mon manuscrit début décembre 2019, j’ai eu le 1er retour le 20 janvier et j’ai renvoyé ma 2e version fin mars. La 2e relecture a été validée en mai et le bon à tirer final signé en juillet 2020.

J’ai dit oui à presque toutes les corrections, car elles étaient justifiées, la plupart du temps. L’éditrice insérait des commentaires auxquels je pouvais répondre. Parfois j’ai conservé des tournures de phrases auxquelles je tenais. En réalité, ses corrections étaient plutôt des suggestions, je gardais donc ma liberté d’autrice.

6) Quelles leçons as-tu tirées de ces corrections éditoriales pour tes romans suivants ?

J’ai appris beaucoup de choses. Je connaissais le principe du « show don’t tell », mais parfois on l’oublie sans le faire exprès. Beaucoup de passages ont été repris car je ne montrais pas assez. J’essaie donc d’y être plus attentive à l’écriture désormais.

J’ai aussi détecté un travers d’écriture dont je n’avais pas forcément conscience avant : je décris souvent la réaction de mes personnages (elle grimace, sourit, lève un sourcil etc.) mais sans préciser ce qu’il ou elle ressent. À la longue, c’est agaçant (et j’avoue que les remarques récurrentes du style « elle grimace encore ? » ont eu l’effet positif de me faire réagir lorsque je tombe dans ce travers malgré moi).

7) Quelles sont les différences lors de ce processus de correction quand tu choisis d’autoéditer ton roman ? 

Il n’y a pas vraiment de différences sur le processus de correction en lui-même : lorsque j’auto-édite un roman, j’essaie de remplacer le travail de l’éditeur par un regard extérieur (par exemple un bêta-lecteur comme tu as pu le faire pour Un pont sur l’eau trouble).

Je pense que ce regard extérieur est super important et d’autant plus quand on s’auto-édite : être son propre éditeur est parfois pire qu’avoir un éditeur 🙂

Cela dit, travailler avec Harlequin m’a montré que mon processus de relecture/correction n’était pas trop mauvais (sans fausse modestie), car finalement j’ai un peu le même en auto-édition.

8) Sur combien de romans travailles-tu en même temps ? Qu’écris-tu en ce moment ?

En général, j’écris un seul roman à la fois, sinon j’ai du mal à me concentrer. Plus prosaïquement, j’essaie aussi d’optimiser mon temps, sinon rien ne paraîtrait jamais ! Me concentrer sur un projet à la fois me permet d’aller plus facilement au bout.

Cela dit, j’ai toujours un projet d’avance qui « marine » pendant que je travaille sur celui en cours. Par exemple, en ce moment, j’attaque la rédaction de mon Roman 8, mais je réfléchis déjà, par-ci par-là, à ce qui pourrait se passer dans le Roman 9 (ce sera la suite de ma saga historique des Lumières).

En ce moment, le Roman 8 a pour cadre le barrage de Guerlédan, en centre-Bretagne. Son assèchement va révéler des histoires de famille enfouies et bouleverser l’existence d’une famille. Je démarre tout juste l’écriture… parution prévue fin 2021 ou début 2022.

9) Quels conseils donnerais-tu à un auteur débutant pour mettre toutes les chances de son côté pour être édité ?

Pour être édité, je pense qu’il faut bien cibler les maisons d’édition à qui l’on envoie son manuscrit. Pour travailler avec un agent littéraire depuis 5 ans, je vois bien que les manuscrits édités doivent (malheureusement) entrer dans des « cases ».

De gros succès de l’auto-édition ne trouveraient jamais leur place chez des éditeurs. Quand on débute, je trouve que c’est bien de tenter sa chance avant en auto-édition, car ça permet déjà de voir s’il existe un public pour ce qu’on a écrit.

10) Quels conseils donnerais-tu à un auteur débutant qui veut s’autoéditer ?

Mon conseil numéro 1 est de s’entourer et de ne pas rester seul, à toutes les étapes. Ne pas rester seul pendant l’écriture, pendant la relecture/corrections, mais aussi pour la publication. On est auteur, mais pas graphiste, ni correcteur, ni attaché de presse, ni éditeur… Il faut savoir déléguer à des professionnels ce que l’éditeur assure dans sa maison avec toute une équipe.

11) Aimerais-tu ajouter quelque chose ?

Je crois que j’ai déjà été assez bavarde comme ça ! Je voudrais te remercier pour cette interview, pour tes conseils réguliers sur ton blog et tes réseaux, mais aussi pour ton œil averti lors de la bêta-lecture de mon roman.

Un grand merci à toi, Lynda, pour ce précieux partage !

Vous pouvez retrouver toute l’actualité de Lynda sur son blog : l’espace du dehors.

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  1. Bilan d'avril 2021 (et en mai je fais ce qu'il me plaît😅) - Lynda Guillemaud, rédactrice web & romancière - […] numériques à l’occasion de la vente flash d’Un pont sur l’eau trouble Ecrit un article invité pour le blog…
  2. Ne confondez plus bêta-lecture et correction orthographique - Lynda Guillemaud, rédactrice web & romancière - […] qui fourmille de bons conseils et d’astuces. Vous pouvez aussi découvrir sur son blog mon point de vue d’autrice…

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